plongée sur une épave reconstituée dans les calanques de Cassis © Francis Le Guen

Archéologie subaquatique : plongée entre flics et voyous

Le marché aux amphores

Me voilà au port des Goudes, à l’est de Marseille. Une petite enclave de civilisation au coeur des calanques. Un bout du monde. Là où la route s’arrête. Comme la loi, parfois…

Pierrot Vottero © Antoine Bugeon / OCEAN71 Magazine

Adossés à la falaise, au milieu des ruelles débordantes de glycines baptisées avec humour «avenues», les cabanons fleuris donnent sur la mer. Il y a fort à parier qu’en poussant les portes au hasard, on trouverait sur les cheminées ou les tables basses quantités de pièces archéologiques. Des souvenirs… Car nous sommes ici au coeur de ce qu’on appelait dans les années 1970 le «marché aux amphores». Au milieu des écheveaux de filets et flotteurs, des arrivages quotidiens de thons rouges, on débarquait aussi les cargaisons d’amphores pillées sur les épaves antiques. Vendues au plus offrant, à peine sous le manteau…

J’ai rendez-vous avec Pierrot Vottero, un pêcheur à la retraite. Mémoire de cette époque-là. Une légende ici… Il me reçoit dans son petit cabanon. Des yeux malins illuminent un visage buriné par le large, tout sourire et plein d’humanité : l’homme est cordial, attentif à mes questions. Sur la réserve aussi : en général, on ne parle pas de ces « choses-là »…

« Je viens d’une famille de pêcheurs. Celle de l’époque d’avant les sondeurs. Le travail était dur mais on pouvait dire que nous étions des marins. Pour la pêche à la sardine, par exemple, on partait à 2 heures du matin. Pour la bouillabaisse, en été, quand les eaux se réchauffaient, c’était 4 heures du matin. On rentrait à 17 heures. Pour débarquer la pêche et ensuite réparer les filets. Ils étaient très chers, et on faisait tout à la main. On vendait directement ici aux restaurateurs mais il était parfois difficile d’être payés. En plus, ils ne prenaient que les plus beaux poissons ! Mais les filets dérivants étaient autorisés : certains ont fait des fortunes avec les thons, en allant à 40 milles au large. Nous n’avions pas tout le matériel d’aujourd’hui. Mais je n’aurais pas fait autre chose. De nos jours, il n’existe plus de pêcheurs comme je l’entends ; en « finesse ». Aujourd’hui, seul le profit compteet il n’y a plus trop de respect pour la mer.»

Malgré sa mémoire "chancelante", Pierrot Vottero a du mal à cacher que durant sa jeunesse il était particulièrement doué pour retrouver en pleine mer des bouchons qui marquaient l'emplacement d'une drisse au bout de laquelle se trouvaient quelques amphores © Antoine Bugeon / OCEAN71 MagazineMalgré sa mémoire "chancelante", Pierrot Vottero a du mal à cacher que durant sa jeunesse il était particulièrement doué pour retrouver en pleine mer des bouchons qui marquaient l'emplacement d'une drisse au bout de laquelle se trouvaient quelques amphores © Antoine Bugeon / OCEAN71 Magazine

Le regard de l’homme se perd dans l’encadrement de sa fenêtre, à la pêche aux souvenirs… De la finesse, il en a. Ne dit-on pas qu’il était le seul capable de repérer des bouchons de champagnes dansant dans la houle ? Largués du fond par des plongeurs… Parce qu’au bout du mince fil de pêche se trouvait une drisse enserrant une amphore ? Qu’il suffisait de remorquer vers des petits fonds plus discrets ? Mais Pierrot ne se souvient pas… Par contre, il me raconte sa découverte de l’épave du Grand Congloué. Encore ? Il y aurait donc une troisième épave ?

Du grain blanc au grand bleu

« J’ai été le premier à pêcher dans les fosses, au bord du plateau continental, par 1500 mètres de fond. Des merlans, des langoustes roses…

Un jour, on était à 7 milles au large. Le ciel est alors devenu blanc à l’ouest et j’ai vu la tempête qui s’approchait de nous à toute vitesse. J’ai mis le cap sur les Goudes. On était suivi par des immeubles d’eau. Des vagues de six mètres. Le vent m’empêchait de manoeuvrer. D’autant que nous étions accrochés à un filet qu’il fallait tirer sur 300 mètres. Je criais à Jacky, mon matelot : coupe, coupe ! Mais il ne m’entendait pas dans les paquets de mer et n’en faisait rien. Et le bateau virait à chaque fois durement, rappelé par le filet, au risque de couler. Finalement, on l’a tranché et abandonné et j’ai mis le cap sur Cassis.

Non loin du Grand Congloué, pour sauver la journée, j’ai récupéré un petit filet mouillé la veille sur une nouvelle roche. Nous l’avons remonté plein de langoustes. Et aussi de tessons d’amphores…

Pas très loin de l’endroit où Cousteau menait ses fouilles. Là où l’ancre de la Calypso s’était trouvée enraguée un jour, obligeant le plongeur Servanti à descendre pour essayer de la dégager. Pour ne jamais remonter… Je ne suis pas plongeur mais j’ai toujours pensé qu’il était tombé sur «mon» épave. A cette profondeur, la vision d’un mur d’amphores devait être impressionnante. Peut-être a-t-il voulu remonter une preuve de sa découverte, s’essouffler ou épuiser tout son air ?

Toujours est-il qu’à cette époque, il y avait aux Goudes trois corailleurs qui ne dédaignaient pas, dans la morte saison de l’or rouge, remonter quelques poteries antiques. C’était déjà illégal mais il y avait des arrangements… De toute façon, leur bateau s’appelait Le Fugitif…

Ils me demandaient souvent où il y avait des «roches». Alors, je les ai amenés sur le site. Par 53 mètres de fond. Le premier plongeur est descendu. Nous suivions ses bulles d’air. Il est remonté très vite et, à peine son embout ôté, a crié à son collègue de descendre. Tout de suite. En fait, ma «roche» était bien une épave antique bourrée d’amphores. La troisième à avoir fait naufrage au Grand Congloué. Après, je sais qu’ils y sont retournés régulièrement. Ils sortaient les amphores et les immergeaient de nouveau dans la calanque de Podestat, à faible profondeur, prêtes à être récupérées facilement en fonction des commandes de leurs clients.

J’aurais apprécié d’ailleurs qu’ils m’en offrent quelques-unes…

Malgré sa mémoire "chancelante", Pierrot Vottero a du mal à cacher que durant sa jeunesse il était particulièrement doué pour retrouver en pleine mer des bouchons qui marquaient l'emplacement d'une drisse au bout de laquelle se trouvaient quelques amphores © Antoine Bugeon / OCEAN71 Magazine

J’ai découvert comme ça plusieurs épaves. Par exemple, La canonnière, un bateau moderne en fer, par 72 mètres de fond entre le Grand Congloué et Sormiou. J’y jetais de vieux filets pour sortir jusqu’à six kilos de langoustes. J’en ai parlé à un «ami» qui s’est empressé de refiler le tuyau à un club de plongée local pour finalement déclarer l’épave à ma place aux autorités…

Aujourd’hui, avec les nouvelles lois, plus personne ne dit rien. Pour éviter les ennuis. Et puis, je suis d’origine génoise et on est superstitieux. Par exemple, on ne renomme pas les bateaux, ça porte malheur..

Alors que je lui demande s’il pense qu’il y a encore beaucoup d’épaves antiques à découvrir par ici, Pierrot plisse le regard un peu plus et me désigne la Méditerranée, derrière lui, d’un large mouvement du bras. Et je sais bien qu’en vieil homme de mer, Pierrot pêche par omission…

A votre avis, combien vaut une amphore antique aujourd’hui au marché noir ? Pour le savoir, je dois rencontrer un autre protagoniste de cette histoire. Qui est bien connu à Marseille pour avoir souvent plongé en marge de la loi…

D’origine Napolitaine, Gaby Di Domenico m’attend sur son bateau, ancré dans le port de l’Estaque.

Le «tétard» de la république autonome

Le port de l’Estaque, sur la façade ouest de la baie de Marseille, c’est une «république autonome.» On n’y entre pas comme on veut. Sauf quand on connaît le mot de passe « Je viens voir Gaby…» Alors, la barrière rouillée s’ouvre ; et se referme derrière moi. De gros thoniers à l’ancre dansent mollement, posés sur leurs reflets ; des filets et flotteurs en tas, des épaves enchevêtrées, des garages et entrepôts sans signalétique : les lieux respirent le mystère, la discrétion, l’omertà… Deux corailleurs sont en train de préparer un ROV, rutilant petit robot porte caméra, lovant soigneusement le câble ombilical. Un bref salut. Je sais qu’on me surveille : qui c’est cet « estrangier » ?

Gaby Di Domenico © Antoine Bugeon / OCEAN71 Magazine

Gaby m’invite à son bord. Cet «homme-grenouille» est petit (on le surnomme «le tétard») mais on sent le sang chaud qui bouillonne derrière les yeux brillants. Des yeux qui en ont vu… Dans l’échancrure de la chemise rayée, une chaîne d’or décorée d’un casque de scaphandrier se balance. Je sais qu’il porte aussi en permanence un «Taser» : « à son âge, c’est plus prudent »… Il sait de quoi il parle, lui qui a pris deux balles de 357 Magnum dans les jambes qui l’ont laissé handicapé, comme il le raconte dans son livre qui vient de sortir*.

– Alors mon beau, c’est toi qui t’intéresses aux pirates ? Qu’est ce que tu veux savoir ?

Mais, à peine ma première question posée, je constate que j’ai à faire à un conteur. Volubile, passionné, tout en gestes et patois, dur à arrêter quand il est lancé…

– Écoute-moi, minot ! Gaby me raconte alors ses incroyables histoires…

« Oui, je suis un pirate ! Et alors ? Un pirate à la retraite mais non repenti ! Je ne regrette rien. En ce temps-là, j’avais faim, ces amphores qu’on remontait du fond à nos risques et périls me faisaient manger, moi et ma famille. Ce n’est tout de même pas un crime de remonter un col d’amphore ! Et même une amphore entière. Eh bien, faites-vous prendre et vous verrez combien ça vous coûte aujourd’hui… Il y en a pourtant des milliers dans la rade de Marseille où on compte plus de 50 épaves antiques, rien qu’entre ici et Marseilleveyre !

J’ai vécu le début du piratage. Le mot n’existait même pas : tout le monde s’en foutait des «cruches» ! Tous les vieux pêcheurs avaient des Dolia à bord, ces immenses jarres sphériques romaines en terre cuite. Idéales pour conserver l’eau du pastis !! Alors, oui, j’en ai sorti un paquet de l’eau de ces «gargoulettes», au nez et à la barbe des douanes, de la police et des «darlans», les gendarmes maritimes. Nous ne nous préoccupions guère des règlements à l’époque, quand il s’agissait d’aller pêcher des amphores antiques à la demande d’un client. On pourra aujourd’hui juger que ces façons de faire étaient bien désinvoltes et que nous n’avions pas de respect pour le patrimoine antique. Mais «O Bonne mère», Dieu que nous en avons découvert des épaves… »

13 Resized

Gaby se lève soudain, furibard, main tendue vers l’est, là où se trouvent les nouveaux locaux du DRASSM, puis se rassied.

– Écoute-moi : 
Nous avions alors des arrangements avec les autorités parce que le Directeur des antiquités n’était pas un de ces cons bornés et qu’il comprenait les choses. Mais aujourd’hui, on préfère mettre à l’amende ou traîner devant le tribunal correctionnel celui qui sort de l’eau avec un bout de tuile, sous prétexte qu’elle a deux mille ans. Même si c’est nous qui avons découvert tous ces trésors !

Toute la réglementation tatillonne actuelle semble faite pour inciter à la piraterie. Alors que si on autorisait les plongeurs à prélever certaines pièces qui n’ont pas de valeur exceptionnelle, on verrait que des échanges pourraient s’établir avec l’administration. Une pièce rare contre une de ces pièces dont ils ne savent plus que faire, et qu’on pourrait revendre officiellement.
Résultat, tout le monde se tait ! A l’heure où je te parle, il y a une épave dans le Var, à 70-80 mètres de fond, en train d’être vidée par une équipe qui plonge aux recycleurs. Une amphore se négocie aujourd’hui autour de 1500 €. On les achète par 10 ou 20… Si tu en veux une, elle te sera livrée à l’endroit de ton choix, mais tu ne sauras jamais qui sont les vendeurs et encore moins ceux qui les ont remontées…

Des amphores à la casse !

Quand je pense que les autorités nous font aujourd’hui la morale ! Écoute un peu celle-là :

Tout le monde savait que des centaines d’amphores récupérées au cours des campagnes de fouilles archéologiques sous-marines, et notamment celles du Grand Congloué, s’entassaient en plein air dans l’enceinte du fort Saint-Jean comme les carcasses de bagnoles chez un ferrailleur. Empilées sans précautions, entassées pêle-mêle, beaucoup se brisaient, personne n’en prenait soin.

Un jour, en 1972, nous avions appris par des langues indiscrètes que nombre d’entre elles allaient être chargées dans des camions et jetées à l’eau pour servir de soubassement à la digue du port de plaisance de la Pointe-Rouge, alors en construction ! 
Le «téléphone arabe» avait bien fonctionné dans le milieu de la piraterie. Le jour où les camions escortés par des motards arrivèrent sur le chantier, nous étions «à l’espère», planqués dans les rochers, aux jumelles, pour aller récupérer ce trésor volontairement englouti, sitôt les camions repartis. Hélas, il en vint d’autres, chargés d’énormes blocs de pierres qui furent précipités à la mer et qui écrasèrent les amphores tant convoitées.

Voilà ce dont je fus, avec d’autres, témoin : une honte, un gaspillage, une attitude de barbares.

Puisqu’il y en a de trop, des amphores, qu’on ne sait plus où les mettre, pourquoi ne les donne-t-on pas à ceux à qui ça ferait tant plaisir ? Tous ces Marseillais conscients de la richesse antique de leur ville et qui pourraient les faire admirer à leurs invités ? Pourquoi ceci serait-il réservé aux riches et autres puissants qui ont les moyens de contourner les lois ? Et pourquoi n’organiserait-on pas une sorte de vente publique aux enchères, où on pourrait acquérir des pièces à prix intéressant au lieu de les jeter comme du tout-venant ? Cela pourrait même constituer une rentrée de fonds pour financer d’autres campagnes de fouilles. Non, on préfère détruire celles dont on ne sait plus que faire, tellement il y en a, et pourchasser ceux qui ont la prétention de remonter quelques pièces pour en faire un commerce qui les transforme aussitôt en hors-la-loi. Quelle est donc cette Administration des Affaires Culturelles qui détruit sciemment ce qu’elle désigne par ailleurs comme le patrimoine archéologique de l’humanité ?

Alors on va te dire que nous détruisons le patrimoine et que les pièces remontées tomberont en poussière, à terme, faute de traitement adéquat. Mais les pirates ne sont pas si naïfs. Les instances officielles n’ont pas le monopole du traitement des objets d’art engloutis… On sait parfaitement comment restaurer les objets ayant séjourné longtemps dans l’eau salée, qu’ils soient en céramique, en bois, en fer ou en bronze. Les techniques existent, artisanales certes, mais parfaitement opérationnelles. Quand aux datations, on peut faire aujourd’hui une analyse d’objet en thermoluminescence auprès de labos indépendants pour 300 €… C’est très important car cela fixe souvent la valeur d’une pièce sur le marché.

Quant au DRASSM : chacun sa religion ! Flics ou voyous ? Va savoir ! J’ai rencontré assez de «ripoux» dans ma vie…. Michel L’Hour ? Aujourd’hui, c’est «Monsieur Propre» ! Il veut laver plus blanc mais je lui rappellerai juste qu’il a débuté sa carrière en compagnie de Patrick Lizé, le spécialiste mondial des dossiers d’épaves qu’il vend au plus offrant et de Frank Goddio qui mène lui des recherches archéologiques dans des pays où la législation est plus souple…

Fabricant d’amphores

Mais qu’est ce qu’on a pu se foutre de leurs gueules ! On t’a déjà parlé de José Torrès ? Il vient de mourir, je peux bien te raconter maintenant, d’autant que c’est dans mon livre. José, c’était le «Michel-Ange de la sculpture sur béton», le «Van Gogh de la peinture sur ciment», un faussaire génial qui fabriquait quantité de fausses amphores, vendues au prix fort aux gogos…

Illustration du cabanon de José Torres © Antoine Bugeon / OCEAN71 Magazine

Un jour il nous avait sauvé un stock d’amphores décapitées par un chalut, en les prolongeant avec des tuyaux en tuile. Et là, j’ai pu voir l’artiste dans l’exercice de son art et apprendre des secrets de fabrication qu’on ne doit pas enseigner aux Beaux-Arts. Les concrétions en vermisseaux de calcaire de l’étang de Berre… Le corail de l’oursin posé frais sur un ciment-colle à peine sec, qui donne une tache brunâtre indélébile qu’un peu de laque et un coup de sèche-cheveux finiront de fixer. Résultat : une couleur plus naturelle qu’après 2000 ans sous l’eau…

Dans les années 1965, la communauté des pirates avait même lancé un défi : fabriquer une amphore en béton et la présenter dans le hall d’un grand hôtel marseillais, à l’occasion d’une exposition à laquelle participaient une tripotée d’experts. À qui on allait demander de la dater.

Une illustration de la rencontre des experts © Antoine Bugeon / OCEAN71 Magazine

José releva le défi avec panache. Il fabriqua une forme en fil de fer qu’il recouvrit de ciment mélangé à une mixture à base de brou de noix mêlé à des coquilles d’huîtres pilées, colorée au corail d’oursins séché et au coulis de tomates. Après un mois de travail intense, il livra un véritable chef-d’œuvre. Il avait poussé le vice jusqu’à badigeonner l’intérieur de l’amphore, pour un réalisme parfait. 
Le jour J les experts examinèrent l’objet sous tous les angles, l’air grave, les lèvres pincées.

Comme des gosses, nous attendions avec une joyeuse impatience leur verdict. Je me souviens de deux d’entre eux qui se disputaient parce qu’ils n’étaient pas d’accord sur l’origine de l’amphore : grecque ? romaine ? phénicienne ? C’est vrai que José ne s’embarrassait pas de vérité historique…

Nous, on se retenait de ne pas hurler :

– Callelongue ! Elle vient de Callelongue ! Son âge ? Deux mille ans après Jésus-Christ !

José nous tapait dans les côtes avec ses coudes , sûr de sa victoire :

Vous allez voir que ces cons là vont tomber dans le panneau…

Une illustration de la rencontre des experts © Antoine Bugeon / OCEAN71 MagazineUne illustration de la rencontre des experts © Antoine Bugeon / OCEAN71 Magazine

Les autres discutaillaient toujours. Grecque ? Romaine ? L’un d’eux se tourna vers nous avec un air condescendant :

– La pièce est rare, donc difficile à classer…

José explosa :

– Je comprends qu’elle est rare, mon amphore ! Je l’ai fabriquée de mes mains le mois dernier, avec du béton, dans mon cabanon de Callelongue !
 Ambiance grand froid.

Tous les regards se fixèrent sur notre ami mais il en fallait plus pour le déstabiliser :

– C’est la vérité, messieurs, ajouta-t-il en rigolant.

Il sortit de son sac un vieux marteau de forgeron et d’un coup de maître brisa son chef-d’œuvre en mille morceaux, laissant apparaître l’armature de fil de fer !

– Vous aurez au moins appris une chose, ce soir : les Romains et les Grecs connaissaient le béton armé !

Nous avons préféré ne pas nous attarder car l’atmosphère parmi les experts tournait à l’orage…

José fabriquait aussi des supports en fer forgé à trois pieds, pour présenter les amphores antiques qui ne tiennent pas debout toutes seules. Au cours de sa vie, il en aurait forgé près de 10 000…

– Gaby, on m’a parlé d’une épave étrusque récemment découverte… Tu crois que je pourrais rencontrer un des gars qui y plonge ?

Il me regarde fixement, un peu bluffé que je sois au courant. Me jauge comme quelqu’un « ravi de m’avoir connu… »

– Tu peux toujours essayer. Fada !

* Pirates ! de Gabriel Di Domenico, Editions Glénat (collection Carnets de plongée)

Autres dossiers

  • La face cachée de la piraterie

    Économie, Géopolitique2 chapitres

    Depuis une dizaine d’années, l’Occident a redécouvert la piraterie maritime. De la Somalie au Nigéria, des Caraïbes aux archipels asiatiques, des hommes profitent des faiblesses de leur Etat pour prendre d’assaut des navires de commerce et de particuliers afin de les rançonner. Nous avons enquêté pour comprendre les raisons de la réapparition de ce fléau et avons découvert un monde et des pratiques que la haute mer seule protège par son absence de témoin.






  • Le dangereux pétrole du Nigéria

    Géopolitique1 chapitre

    Pierre* est un officier de la marine marchande française comme il en existe des milliers dans le monde. Pourtant, après six mois de mission au Nigeria, il revient avec un témoignage unique. Celui d’un homme qui a travaillé dans le monde très fermé du pétrole dans le golfe de Guinée. Pierre* n’a pas été licencié. Il a juste décidé d’arrêter de travailler dans cet enfer que beaucoup ignorent.






  • Boutures de coraux durs et mous © Philippe Henry / OCEAN71 Magazine

    Le miracle du corail

    Écologie, Économie3 chapitres

    Il existe en Bretagne une ferme d’un genre peu commun. Installés sur le port de Camaret à la pointe du Finistère, Johan Kergoat et Rémi Plouhinec ont choisi de cultiver des coraux dans une ferme.