Peur sur le bassin d'Arcachon

Et si l’homme était responsable ?

Hors périodes de vacances, les rives du bassin d’Arcachon comptent 132 000 habitants. Mais dès le mois de juin, au moment où la dinophysis réapparaît, la population quadruple pour atteindre près de 500 000 habitants ! Une explosion que les stations d’épuration des dix communes entourant le bassin ont beaucoup de mal à gérer.

Autre facteur polluant important, l’usine Smurfit Kappa située sur la commune de Biganos, qui produit 1 400 tonnes de papier par jour. Profitant du parc naturel des Landes qui s’étend à perte de vue et où se dressent des millions de pins, elle emploie 450 personnes.

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«Ce qui nous trouble, raconte Olivier Laban, président de la section conchylicole de la région, c’est que bien souvent, les souris meurent alors qu’il n’y a pas de dinophysis dans l’eau !» Pour en avoir le cœur net, les ostréiculteurs, à bout d’arguments et de recours, ont pénétré dans le courant de l’été 2008 dans l’enceinte de l’usine. Ils y ont découvert une décharge géante à ciel ouvert ainsi qu’une rétention d’eau de couleur rose… située à moins d’une centaine de mètres de la Leyre, une rivière qui se jette dans le bassin, à peine deux kilomètres en contrebas.

Un an après, rien n’a changé… L’équipe d’OCEAN71 Magazine est retourné sur place pour savoir si des mesures de nettoyage avaient été prises. Depuis la route qui longe l’usine, rien n’est visible. Mais une fois le talus d’herbe verte fraichement tondu, on découvre une réalité bien différente. Comme l’avaient décrit les ostréiculteurs, des montagnes de déchets ménagers sont à peine enterrés. Un peu plus loin, deux bassins sont remplis d’une eau couleur rose dont s’échappe une odeur à la limite du supportable. Aucune vie ne semble résister à ce liquide probablement issu de la fabrication de papier.

CH3_3“Plus incroyable encore, les eaux grises des dix communes, de la moitié de celles de la Smurfit, d’une partie de celles de la base militaire de Cazaux et de l’hôpital d’Arcachon passent par le collecteur de la Salie”, raconte Olivier Laban.

Cet égout géant court tout autour du bassin et sort de terre devant l’océan, à environ trois kilomètres au sud de l’entrée du bassin. Construit dans les années 70, le pipeline bleu déverse quotidiennement 50 000 mètres cubes d’eaux traitées par les stations d’épuration mais d’une couleur plus que douteuse. Or, la Salie est située à proximité de la réserve naturelle du Banc d’Arguin où vivent les huîtres. Et le courant (jusqu’à 15 kilomètres-heure pendant les grandes marées) oriente ces eaux vers les parcs d’Arguin.

Le collecteur de la Salie, émergeant de terre à proximité du banc d'Arguin © Philippe Henry / OCEAN71 Magazine

«Nous ne disons pas que c’est directement ce qui empoisonne nos huîtres, explique Jean-Michel Douet, mais il est quand même curieux que systématiquement les huîtres du Banc d’Arguin soient les premières à tuer les souris… et donc à être interdites.» D’autant qu’un panneau, planté depuis 2001 à la sortie de la canalisation, interdit la nage, la pêche ou le ramassage des coquillages à un kilomètre à la ronde… Et Olivier Laban de renchérir : «Nous avons diligenté des analyses de l’eau qui ont montré des traces de paracétamol, et d’autres molécules qui passent à travers les filtres des stations d’épuration!»

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