Pearls of the Gulf © Francis Le Guen / OCEAN71 Magazine

Le fabuleux trésor du golfe persique

Une plongée dans les profondeurs du Golfe Persique

L’eau est verte, chargée de plancton, et la visibilité ne dépasse pas cinq mètres. Nos bulles d’air filent presque à l’horizontale : un fort courant nous entraîne, le long d’un tombant piqué de gorgones bleues qui vibrent dans les tornades de poissons. A vingt cinq mètres de profondeur, nous nous rétablissons devant l’entrée d’une grotte où le contre-courant nous offre un répit. Juste au-dessus de nous, deux raies aigles occultent un instant le soleil vert et soudain, fixée sur la paroi, je la vois : une huître géante à la coquille coupante comme un rasoir, entrouverte et laissant apparaître sa chair orange vif. Une huître perlière, une pinctada margaritifera de presque vingt centimètres de diamètre!

Des plongeurs tentent de retrouver l'un des premiers trésors naturels de la région du golfe persique, les perles © Francis Le Guen / OCEAN71 Magazine

Depuis quelques jours, je plonge dans les eaux de l’archipel de Musandam, à l’extrême nord du Sultanat d’Oman. Une région désertique dont la côte est découpée par des fjords. Roches sauvages et falaises vertigineuses viennent mourir dans le Golfe Persique. Ce territoire est celui des pêcheurs de perles. Comment ne pas s’identifier à ces plongeurs des siècles passés, risquant leur vie pour remonter les trésors de ces eaux? «Quand la pure lumière de la pleine lune brille à travers les mers, les huîtres remontent en surface et, caressées par les vagues, ouvrent leur coquille pour capturer une goutte de nuit d’argent. Ainsi naissent les perles…», raconte une légende locale. Mais le quotidien des plongeurs était moins poétique. 80 hommes dont beaucoup d’esclaves, entassés sur un sambouk en bois et qui plongeaient en apnée jusqu’à soixante fois par jour au-delà de trente mètres. Des campagnes de 120 jours en mer à raison de douze à seize heures de travail quotidien sous un soleil de plomb et dans la promiscuité qu’on imagine.

L'équipement de plongée des chasseurs de perles étaient très sommaire à l'époque © DR

Leur équipement se composait d’une combinaison de coton pour se protéger des piqures de méduses, d’un pince-nez en écaille ou en os, de bouchons d’oreille en cire d’abeille et de petits étuis en cuir semblables des dés à coudre pour protéger les doigts des coquilles tranchantes. Les plus chanceux étaient équipés de lunettes en écaille de tortue en guise de masque. Aidés d’une grosse pierre pour accélérer leur descente, les plongeurs restaient entre une minute et une minute trente sous l’eau, le temps de ramasser les huîtres qu’ils entassaient dans leur panier à raison de 8 à 10 par plongée. Lorsqu’ils venaient à manquer d’air, ils étaient ramenés prestement à la surface grâce une corde manœuvrée par un saib, un haleur. Ce travail, très éprouvant, exposait les plongeurs aux méduses, aux requins et aux raies venimeuses. Les accidents étaient nombreux. Avec, toujours, la crainte du sanna, cette syncope qui survenait en surface quand on avait plongé trop longtemps…

Après deux heures de navigation, nous sommes cette fois à l’extrême nord du Musandam, face à l’Iran, ou s’enroulent les courants menaçants du détroit d’Ormuz. Une terre à naufrages. Sous l’eau, nous filons au milieu des chaos de roches noires couvertes d’éponges orange fluo, au dessus de champs d’alcyonaires roses. L’eau vert jade, épaisse, pulsatile, vivante, nous enveloppe dans un cocon précieux et mobile où la visibilité est réduite à quelques mètres. C’est alors qu’issues du néant, des membrures de bois apparaissent et se précisent… Une coque ! Nous sommes devant l’épave d’un dhow posée dans une pente d’éboulis, jusqu’à un fond de sable ridé à trente mètres sous la surface. Serait-ce le bateau de Sinbad ? Ou l’un de ces sambouks alourdis de perles, ayant coulé au retour d’une campagne ? Nous inspectons le ventre du navire, au milieu des cables et des débris mais les seules perles que nous voyons sont celles qui sortent de nos détendeurs. Ce qui est sûr cependant, c’est que nous sommes ici au coeur des champs d’huîtres perlières du Golfe Persique, les plus anciens du monde, ceux qui firent la richesse des sultans.

Sous l’oeil attentif d’un aigle pêcheur posé sur son rocher, nous achevons cette plongée palpitante en compagnie de Chris Chellapermal qui nous a amené jusqu’ici grâce à la logistique de son centre Nomad Ocean Adventures et de Victor Cassé, qui va devenir mon guide à travers les Emirats, pour cette quête historique des perles au pays de l’or noir. En direction de Dubaï, tandis que nous traçons le chemin dans les dunes du Sharjah, Victor se révèle intarissable. Après des études à Sciences Po, une maîtrise d’histoire, et une expertise en relations internationales, il s’est établi ici comme guide. Il connait bien l’histoire locale de la perle et je ne suis pas au bout de mes surprises …

Autres dossiers

  • L’énigme des îles Samoa

    Écologie4 chapitres

    Les coraux seraient menacés par le réchauffement climatique. Certains scientifiques avancent la prédiction terrifiante qu’ils auront tous disparu d’ici à 2050. Un mystère persiste toutefois : comment expliquer que certains coraux des îles Samoa américaines résistent à des températures considérées comme mortelles pour l’immense majorité des récifs coralliens ? Enquête au pays de tous les superlatifs.






  • plongée sur une épave reconstituée dans les calanques de Cassis © Francis Le Guen

    Archéologie subaquatique : plongée entre flics et voyous

    Culture5 chapitres

    Selon l’UNESCO, près de trois millions d’épaves reposent sur les fonds des mers du globe. Aujourd’hui, avec le deuxième plus grand domaine maritime mondial, la France a décidé d’utiliser tous les moyens pour mettre un terme au pillage d’épaves. Est-ce réaliste ou purement illusoire ? Pendant près d’une année, OCEAN71 Magazine a mené une enquête de longue haleine, du coeur des autorités françaises aux pilleurs des mers.






  • Procida, perle de la Méditerranée

    Culture, Économie3 chapitres

    Voisine de Capri et d’Ischia, la petite île de Procida fait figure d’exception. Discrètement nichée dans un creux d’azur méditerranéen à proximité de Naples, cette merveille aurait pu imiter toutes les autres et compter sur le tourisme pour unique revenu. Il n’en est rien. Bien au contraire.