Wally, les nouvelles stars des mers

La révolution d’un capitaine Némo moderne

«Depuis tout petit je navigue avec ma famille, explique Luca Bassani, sourire ravageur et barbe poivre et sel. Lorsque nous partions en croisière sur de grands voiliers, il fallait une heure et demie pour hisser les voiles ainsi qu’une vingtaine d’hommes d’équipage… C’était beaucoup trop compliqué ! » Mi-enfant, mi-capitaine Nemo, il se met alors à imaginer de grands voiliers lumineux, simples d’utilisation, manœuvrables par quelques personnes et, surtout, très rapides.

Luca Bassani à la pointe de son Wally Power fait figure de Capitaine Némo moderne © Guillaume Plisson / OCEAN71 Magazine

Grâce à la fortune de sa famille, acquise depuis plusieurs générations dans la fabrication de petites pièces électriques, il se lance dans la conception du premier prototype à voile, qu’il appelle Wallygator. « Je voulais trouver un nom qui fasse plaisir à mon fils », s’amuse-t-il. Lorsque le premier prototype sort du chantier en 1991, c’est une révolution. Coque vert foncé, entièrement en carbone, les voiles se réglant grâce à des moteurs et des vérins hydrauliques dissimulés. Le voilier surprend autant qu’il fait peur à un milieu très figé par ses traditions, ses coques blanches, ses nombreux winches et ses cordes de toutes les couleurs dont personne ne comprend ni le sens ni l’utilité en dehors des marins. « Beaucoup pensaient que mon voilier était très fragile. Ils croyaient que le mât en carbone allait se casser, que les vérins allaient tomber en panne. Ce qu’ils ne réalisaient pas à l’époque, c’est que le carbone est non seulement bien plus solide que n’importe quel métal, mais qu’il est infiniment plus léger. Pourquoi s’en priver ? »

Pourquoi le bateau le plus rapide ne serait-il pas aussi le plus beau et le plus confortable ?

Grâce à l’utilisation des matériaux et technologies les plus avant-gardistes, il réussit le pari de réduire le nombre de marins (en croisière un Wally peut se manœuvrer à trois !) et il construit sans vraiment le savoir de redoutables bêtes de course. « La taille, et donc la puissance démesurée de certaines pièces du bateau, nous ont poussés à cacher les cordages et les poulies qui devenaient des pièges potentiels pour les enfants en croisière, explique Bassani. C’est un peu un hasard, mais c’est d’abord par souci de sécurité que nous les avons rendus si épurés en dissimulant tout sous le pont. Ce n’était pas seulement une question de design. » Devant de tels géants des mers, les organisateurs de régates ont créé une classe à part qui leur est réservée.

Le Wally Power est parmi les bateaux à moteur les plus rapides du monde, car il est équipé de deux turbines de jet © Guillaume Plisson / OCEAN71 Magazine

Avec son Wallygator, Luca Bassani a inventé le concept du plus-que-parfait. Ses ingénieurs recherchent en permanence les matériaux les plus adaptés et les technologies les plus récentes, pour améliorer les performances, l’esthétique ou l’habitabilité. « C’est simple, je veux ce qui se fait de mieux, raconte Bassani. Pourquoi le bateau le plus rapide ne serait-il pas aussi le plus beau et le plus confortable ? »

Voilà pourquoi ce navire devient rapidement le joujou préféré des industriels fortunés. Allemands, Anglais, Américains, Français, Japonais ou encore Kazakhs, les fortunes discrètes viennent frapper à la porte de Luca pour qu’il leur construise le bateau de leurs rêves. « J’essaie vraiment de les éloigner de ce qu’ils connaissent déjà. Et je vous assure que vingt ans après, Wallygator est encore l’un des navires les plus modernes. »

Le succès est tel que les clients de Wally ne veulent plus se contenter de bateaux à voile. Ils rêvent que le chantier italien révolutionne la navigation à moteur comme il l’a fait pour la voile. Bassani planche alors avec ses ingénieurs pour tout réinventer. Le résultat est tout aussi incroyable qu’avec les voiliers. Des formes d’hydrodynamisme encore jamais vues donnent au premier Wally Power, commercialisé en 2001, des allures de bateau furtif. Ici aussi le carbone est omniprésent. Le verre teinté fait son apparition pour la cabine. Mais la grande fierté de Bassani, ce sont les moteurs : deux authentiques turbines de jets.

« Pour moi, qui préfère la voile, je ne voyais qu’un avantage à me mettre aux commandes d’un bateau à moteur : la vitesse. » Résultat, à plus de 100 km/h par mer plate, il ne met que 45 minutes pour rallier Monaco à Saint-Tropez, et un peu plus de trois heures pour gagner la Sardaigne ! « C’est comme si vous rouliez en voiture à près de 300 km/h sans craindre les radars », raconte-t-il d’un air mutin.

A rare instant : three of the Wally family reunited. Indio, the latest of the sailing Wally, the Wally Power 118, and a small Wally Power that is used by most of the sailing Wally owners as a refueling station © Guillaume Plisson / OCEAN71 Magazine

Son esprit rêveur ne s’arrête jamais. Une de ses dernières trouvailles, fruit de son imagination débordante, est le « petit » Wally Power de 14 mètres. «Les voiliers comme le mien ne sont pas adaptés aux marinas modernes, construites dans les années 70 pour la plupart, époque où les plus grands bateaux ne mesuraient pas plus de 20 mètres, raconte Andrea Recordati, le propriétaire du dernier Wally à voile, Indio. Il a donc fallu trouver un moyen de faire le plein de gasoil en restant au mouillage à l’extérieur des ports. Luca a mis au point cette embarcation dotée d’un réservoir séparé de 2000 litres et d’une pompe. Plus qu’une simple annexe qui nous permet de débarquer à terre, elle fait le plein au port et nous sert de station-service mobile ! Une petite merveille dont je ne me sépare jamais, de la Méditerranée aux Caraïbes.» Une annexe à près d’un million d’euros tout de même… Si peu, lorsque l’on sait qu’un Wally à voile d’une trentaine de mètres coûte un peu moins de 10 millions d’euros ! Mais est-il encore raisonnable de mettre un prix sur les rêves les plus fous ?

Il reste toutefois un problème à résoudre dans l’équation de Luca Bassani. Il n’existe pas de réelle marina adaptée à ses enfants surdimensionnés. Il a pourtant son avis sur le sujet. « Imaginez une île artificielle de rochers et de terre à l’entrée du golfe de Saint-Tropez. Elle protégerait le plan d’eau des vagues et permettrait aux très grands voiliers et yachts de mouiller au calme. Voilà à quoi devrait ressembler un port moderne. Intégrons-nous dans la nature plutôt que de construire des pontons et des digues en béton… » Une idée futuriste, sans doute loufoque, mais en faisant alunir Tintin quinze ans avant Armstrong, Hergé n’a-t-il pas été traité de fou par ses contemporains…

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