Piège en haute mer

Deux destins, un seul rêve

Pendant des années, ils ne se sont connus que par exploits financiers réciproques, dans les journaux. Mais c’est à peu près tout. Né en août 1944 dans le Bronx à New York, Larry Ellison a toutes les qualités –et les défauts- de l’homme qui est parti de rien. Malgré une enfance compliquée, entre parents adoptifs et échecs scolaires, il perce, à à peine 30 ans en mettant au point l’une des premières bases de données informatisée qu’il appelle « Oracle ». C’est un succès. Les sociétés s’arrachent son outil. L’ascension est fulgurante. L’homme devient riche. Comme Bill Gates (Microsoft), Ted Turner (CNN) ou Steve Jobs (Apple), Ellison est un modèle de réussite à l’américaine. Mais l’argent lui brûle les doigts. L’entrepreneur, devenu multi-milliardaire dans les années 90, se tourne alors vers la mer, un élément qui le fascine. Les courses au large plus particulièrement. Avec ses affaires, être le premier est devenu une drogue.

Bertarelli et Ellison se rencontrent pour la première fois lors des qualifications pour la 31e édition de l'America's Cup, ici à San Francisco, avant de partir en Nouvelle-Zélande © Thierry Martinez / OCEAN71 Magazine

En 1995, il se fait construire Sayonara, un voilier de régates de 24 mètres avec lequel le businessman devenu marin gagnera presque tout. Il frôlera même la mort durant la Sydney-Hobart de décembre 1998. Une tempête d’une force incroyable coulera quatre voiliers et six marins périront noyés… Une course apocalyptique qu’il gagne les larmes aux yeux. Ellison se sent alors capable de tout affronter. Même l’America’s Cup.

De l’autre côté de l’Atlantique, en Italie puis en Suisse, Ernesto Bertarelli, plus jeune de vingt ans, a connu une enfance dorée comparée à celle d’Ellison. Sa famille est à la tête de Serono, une des plus grandes compagnies pharmaceutiques italiennes depuis 1903. Tout est facile pour la jeune tête blonde qui passe son enfance sur les rives du Lac Léman, entre écoles privées et passion pour la voile qu’il se découvre très tôt. De Suisse, il part faire ses études aux Etats-Unis et découvre à Harvard les clés de la finance moderne. En 1996, il reprend la société familiale qu’il décide de faire évoluer, de simples traitements contre l’infertilité en société de biotechnologie hyper-pointue. Le chiffre d’affaire quadruple en dix ans. Tout semble réussir au Suisse qui rentre rapidement dans les 50 plus grandes fortunes mondiales. Pourquoi dès lors ne pas mêler réussite et plaisir ? L’America’s Cup devient une évidence.

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