Le miracle du corail
Que deviennent les coraux de Camaret
Au-delà des aspects environnementaux, Johan et Rémi mènent bien leur barque puisqu’ils vivent modestement de leur activité depuis quelques années.
Les coraux bien évidemment ne passent pas toute leur vie dans la ferme. La grande majorité est destinée aux animaleries pour les aquariophiles. 10 à 15 % sont vendus directement aux particuliers. Finalement, une toute petite quantité est utilisée pour la recherche de grands groupes de cosmétiques qui s’intéressent de près aux propriétés des coraux. Certains composés pourraient être utilisés dans la fabrication de crèmes de soins protectrices.
Protégés par la convention de Washington, le commerce et la circulation des coraux sont contrôlés, qu’ils soient sauvages ou d’élevage. Ils sont identifiés par un numéro CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), passeport indispensable pour leur importation et leur exportation. Ce suivi permet de veiller à ce que leur exploitation soit compatible avec la survie de l’espèce, luttant contre le commerce illégal et les prélèvements sauvages.
Il faut ensuite résoudre un autre problème : le transport. Particulièrement sensible, le corail doit être livré en 36h maximum, en étant maintenu à une température moyenne de 25°C.
Les boutures vont donc voyager immergées, tête en bas, accrochées à un radeau de polystyrène dans un sac similaire à celui des poissons rouges. L’objectif est que la branche de corail touche le moins possible les parois pour garder toute sa tête, enfin… ses polypes.
L’ensemble est transporté dans un bac de polystyrène, avec de la glace lors des grosses chaleurs d’été ou des chaufferettes en hiver !
Johan s’éloigne quelques minutes. Un vendeur d’animalerie de Quimper vient récupérer sa commande. Poignée de mains, rires et discussions parsemées de noms latins. Ils parlent la même langue corallienne. Pour une bouture, un particulier doit compter entre 10 et 35 euros.
Au détour d’une salle, notre regard est attiré vers un bassin contenant une étrange espèce : les bénitiers.
Ils font partis de la famille des mollusques. Parmi les huit espèces connues, la coquille du Tridacne géant (Tridacna Gigas) peut mesurer jusqu’à 1,3 mètres de long et peser jusqu’à 200 kilos. Les bénitiers sont les plus gros coquillages de la planète. Comestibles, ils sont menacés par la surpêche. Leur élevage est donc une alternative intéressante contribuant à leur préservation.
Biologiquement différents des coraux, la présence à la ferme des bénitiers se justifie par quelques similitudes. Il y a d’abord leur goût prononcé pour les eaux tropicales où la température de l’eau ne descend généralement pas en-dessous de 20°C. Un autre point commun est leur vie en symbiose avec la zooxanthelle, probablement en partie responsable des couleurs vives de ces organismes marins.
« Nos bénitiers sont importés d’Asie et du Pacifique » nous précise Johan, « Ceux-là sont des géniteurs… car contrairement aux coraux, ces grands coquillages ont une reproduction sexuée. » Les deux amis tentent ici de réaliser une expérience unique avec le CNRS : la reproduction en captivité des bénitiers. Quelques jours avant notre visite, quelques 5 millions de larves ont pu être récoltées. Seule une quarantaine d’entre elles survivront… du moins ils l’espèrent.
« Si cette expérience s’avère concluante, nous serons les premiers en Europe à avoir réussi une telle reproduction de bénitiers en bassins ! » s’exclame Johan qui reste malgré tout prudent. Il est trop tôt pour crier victoire. Mais nos deux jardiniers-peintres des mers ont de belles perspectives.
Des artistes du vivant, assurément.