Boutures de coraux durs et mous © Philippe Henry / OCEAN71 Magazine

Le miracle du corail

La vie à la ferme

Nous suivons Johan dans son antre. L’air est chaud et moite, la lumière bleutée. Bulleurs et écumeurs se chargent de la musique d’ambiance. Nous découvrons alors quelques 150 bacs, alignés et superposés. Un laboratoire de vie où des centaines de coraux prennent forme. Un extraordinaire jardin subaquatique.

Tubipora Musica/ Corail Orgue/ Organ Pipe Coral - Corail mou qui vit sur les récifs de surface. Il a besoin d'une lumière très intense et d’un brassage énergique et dynamique. © Philippe Henry / OCEAN71 MagazineJe me penche au-dessus d’un bac, pour découvrir une palette étonnante de formes et de couleurs. Sarcophyton, Tubipora Musica, Ducanopsammia ou Acropora… des noms énigmatiques qui contribuent à la magie des lieux. Chaque bouture de corail est accrochée à son caillou. C’est l’un des nombreux secrets. Pour reproduire du corail, il faut en couper un morceau et faire en sorte qu’il s’attache à un support fixe.

Pour lancer leur activité, Rémi et Johan ont dû importer des coraux d’élevage d’Indonésie. Certaines de leurs souches mères viennent d’autres pays d’Asie, mais ils comptent surtout sur les échanges de souches avec des particuliers pour diversifier les cultures. Ils ont commencé avec moins d’une centaine d’espèces. Aujourd’hui, ils en cultivent près de 400.

Sarcophyton sp / Corail cuir/ Le plus célèbre des coraux mous, appelé « sarco » chez les récifalistes. Corail à croissance rapide. Idéal pour les aquariophiles débutants. © Philippe Henry / OCEAN71 MagazineToutes ces espèces de coraux ont des besoins similaires. Quasiment autonomes en alimentation, il leur faut de la lumière, des minéraux (principalement du calcium et du magnésium) et une température comprise entre 24 et 28°C pour se développer.

Rémi et Johan s’attellent au quotidien à maintenir un environnement de qualité. Un rythme soutenu. Car ce qui est évident en milieu naturel, n’est pas facile à reproduire en Bretagne et en bassins. La multitude de moyens techniques déployés pour maintenir des conditions environnementales optimales en témoignent. Température, acidité et qualité de l’eau sont contrôlées et corrigées presque en continu.

Les bassins de la ferme contiennent environ 100 000 litres d’eau de mer provenant de la baie de Camaret. Entre 3 000 et 5 000 litres sont renouvelés quotidiennement. Filtrée, chauffée, traitée, l’eau recrachée en mer est garantie par Johan d’une propreté supérieure à celle de la mer.

Xenia spp / Xenia pumping/ Les polypes délicats de cette espèce bougent et « pompent », probablement pour favoriser des échanges de gaz. Ils semblent respirer. © Philippe Henry / OCEAN71 MagazinePour la lumière et la chaleur, il leur a fallu être astucieux. Johan et Rémi ont fait d’une pierre deux coups : des néons apportent la lumière nécessaire aux boutures, et chauffent en même temps l’eau des bacs peu profonds (à peine une dizaine de centimètres). Une pompe à chaleur apporte un complément, notamment en hiver. Une consommation qui représente aujourd’hui 12% de leur budget.

Et puis il y a la question des roches « vivantes », c’est-à-dire les roches naturelles. Bien plus que de simples cailloux, leur porosité en font des supports indispensables à la fixation des coraux. Elles sont en général prélevées en mer d’Indonésie. « Pour un aquarium de 600 litres il faut compter 60 kg de roches, explique Johan, rapportés au nombre d’aquariophiles, on atteint rapidement plusieurs tonnes ». Un problème environnemental que Johan et Rémi se sont empressés de résoudre : « La solution a été de trouver des roches en céramiques qui ont les mêmes propriétés que les roches vivantes, et qui en plus ont un intérêt décoratif pour les aquariums. »

En bassins, les bactéries représentent la menace principale. D’où l’importance de cultiver plusieurs espèces de coraux. La biodiversité permet d’éliminer ce risque. Les prédateurs naturels comme certaines étoiles de mer sont écartés, et la température moyenne de l’eau est maîtrisée ce qui permet aux coraux de grandir de 0,5 à 1 cm par mois.

Une pouponnière qui abrite plus de 400 espèces de coraux. © Philippe Henry / OCEAN71 MagazineSe pose alors la question d’une réintroduction du corail en milieu naturel dans des zones de forte mortalité. « Lorsqu’une tempête détruit une partie de récif, des morceaux de coraux cassés peuvent recoloniser naturellement le milieu, explique Johan, y implanter des boutures d’élevage sans connaître précisément les souches d’origines risquerait de contaminer le milieu par des bactéries, ce qui serait plus néfaste que bénéfique. Autre menace : le changement climatique. Là, le problème est à traiter à la source, la réimplantation d’espèce en milieu naturel n’est pas la solution. »

Et si un morceau de corail venait par accident à tomber dans le port de Camaret ? Aucun risque de colonisation… les polypes ne survivraient pas à la température trop faible de l’eau.

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