Depuis quelques jours plusieurs ONG* s’inquiètent de voir partir de Sète les thoniers français libyannisés (depuis 2005), alors que l’émissaire libyen de l’ICCAT a annoncé que le pays ne participerait pas à la saison de pêche au thon rouge 2011. En d’autres termes, à cause de la guerre civile qui ravage le pays d’Afrique du Nord depuis le mois de février, aucun des thoniers senneurs battant pavillon libyen ne doit capturer des thons rouges où que ce soit en Méditerranée.
D’après un article publié sur le site web de l’hebdomadaire Le Point (voir l’article), titré « Thon rouge : grand risque de massacre en Libye », les thoniers senneurs Al Hilal, Dila, OAEA, Regata, Grnada, Safa-2, Safa-3 et Safa-4 seraient en train d’achever leurs préparatifs pour l’ouverture de la pêche au thon rouge le 15 mai prochain. Selon les registres de l’ICCAT aucun de ces navires n’a effectivement une autorisation de capture pour la saison 2011.
Océan 71 s’est procuré les images sur la base desquelles les ONG ont soulevé le problème. Pris en photos le 3 mai, les navires sont amarrés aux quais de Sète, les sennes (filets) et les skifs (petits canots à moteur assistant les thoniers lors des captures) sont sur les ponts des navires. Tout ce matériel est présent mais baché, tout comme les grues hydrauliques.
Toutefois, d’après les photos reçues, il semblerait qu’il n’y ait de l’activité que sur un seul de ces thoniers : le Grnada. Sur celui-ci une grue est dépliée, et un homme est en train de ressérer les amarres. Y a-t-il là une preuve flagrante que ces navires vont quitter Sète pour partir pêcher et « piller les eaux libyennes » comme il est sous-entendu par l’article de Frédéric Lewino sur le Point.fr ?
Joint par téléphone pour tenter d’avoir des explications, Généreux Avallone, patron de l’un des armements sétois concernés, s’explique :
« C’est insensé ! Nos navires sont amarrés sur les quais du port de Sète et le resteront cette année. Notre armement (Avallone) a été obligé de licencier 45 marins au début de l’année 2011 à cause des événements tragiques en Libye et le refus de ce pays de participer à la saison de pêche au thon rouge en 2011. Nous n’allons pas aller contre la décision de l’ICCAT, je peux vous l’assurer ! Seuls nos deux navires français (Jean-Marie Christian VI et VII) partiront capturer leurs quotas que nous avons officiellement. »
Cette conversation téléphonique a aussi permis d’apprendre une autre information non-encore confirmée. D’après Généreux Avallone, il y aurait à l’heure actuelle tellement de thons rouges vers Gibraltar que les madragues** espagnoles seraient déjà remplies de poissons alors qu’habituellement elles ne le sont que plus tard dans la saison.
« J’ai eu certains marins au téléphone qui m’ont appris qu’il y avait tellement de thons rouges que les Espagnols avaient décidé de fermer leurs madragues de peur de dépasser leurs quotas… » explique Généreux Avallone. « C’est une preuve supplémentaire que des thons, il y en a et en très grande quantité. »
Avec les réductions drastiques de quotas de capture (cette année, la France a obtenu 682 tonnes contre plus de 2000 l’année dernière), certains armements essaient de trouver d’autres portes de sorties pour leurs thoniers senneurs que de les envoyer à la casse. Ainsi, il y a quelques semaines, le Saint Antoine Marie 2 quittait Sète avec une mission un peu particulière : affrété par la Croix Rouge et le Croissant Rouge, le navire a acheminé plusieurs dizaines de tonnes de matériel médical et de nourriture en Libye. C’est en pleine zone de guerre, dans le port de Misrata, que le thonier a accosté et a déchargé son matériel et ses vivres. La première mission ayant été une réussite, le thonier s’est réapprovisionné à La Valette à Malte et a effectué plusieurs allers et retours à Misrata avant que les forces de Khadafi n’installent des mines sous-marine dans le port.
Rien, aujourd’hui, ne garantit que les thoniers libyannisés de Sète ne vont partir pêcher. Si tel est le cas, il sera très facile de le savoir. Une chose est certaine en revanche, la saison du thon rouge pour les ONG est officiellement ouverte, c’est un fait.
Julien Pfyffer / Océan 71
* Robin des Bois, Sea Shepherd, Greenpeace et le WWF.
** Méthode ancienne et traditionnelle de capture de thon rouge consistant à ancrer dans le fond de la mer un labyrinthe de filets, piégeant les poissons en pleine migration















euh, Julien: les lanceurs d alerte ne se basent pas seulement sur les 4 photos qui t ont ete envoyees, mais aussi (et surtout) sur des temoignages de marins embauches par les armements Avallone, Scannapieco, Marin (Cisberlande), Giordano, etc. Ces marins sur place ont vu et/ou participe a la preparation hative de plusieurs thoniers libyanises durant la periode du 29-avril au 04-mai. L honnetete de certains patrons-armateurs vaut bien celle de leurs employes, n est-ce-pas ? Enfin, l essentiel est qu il n y ait pas de peche aux thons rouges dans les eaux libyennes en 2011, et en retenant a quai les 8 a 10 thoniers franco-libyens, on progresse dans la bonne direction.