La météo s’annonce couverte mais clémente. Le bateau est prêt. Nous n’avons plus qu’à larguer les amarres. Le programme du jour est simple. Patrouiller, zigzaguer et tenter de trouver sinon les thons rouges, au moins les thoniers senneurs. Je sens l’équipe impatiente de prendre la mer. Notre petite expédition est sur le point de passer aux choses vraiment sérieuses. C’est bien pour cela que nous sommes ici.
Nous mettons donc le cap au large. Mille après mille, nous voyons disparaître Lampedusa, notre grand rocher désertique. La houle s’allonge. Les oiseaux des grands horizons bleus commencent à s’approcher de notre voilier, pensant que nous pouvons leur fournir à manger comme les chalutiers. Notre fidèle monture avale les milles nautiques à sept noeuds toutes voiles dehors, nous marchons bien. Mais où aller ? Par quelle zone commencer ? Nous ne sommes pas des pêcheurs professionnels. Et il est certain qu’aucun d’entre eux ne nous donnerait les « bons coins » à poisson. Un renseignement encore plus inimaginable avec les thons rouges. Il faut donc que nous étudions nous-même les cartes et essayions de taper dans le mille. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin… D’après nos contacts, en France, en Espagne, et à Malte, les thoniers senneurs français ont quitté Malte pour faire route vers le sud, à près de 25 km/h. Le problème est que nous sommes à peu près à 24 heures de navigation de leur route. Ils doivent vouloir descendre vers les eaux libyennes, riches en thons rouges puisque plus chaudes. Selon nos instruments, la température de la mer oscille encore entre 17 et 18°C au niveau de Lampedusa. Il faudrait qu’elle atteigne 20°C pour que les thons déboulent en grands bancs. Le vent de sud, attendu dans quelques jours devrait réchauffer le bassin.
« Il y a les Français, mais les autres doivent bien pêcher quelque part… », me demande Sébastien. Effectivement, il y a les Espagnols (qui doivent sans doute se trouver dans leurs eaux territoriales des Baléares), les Tunisiens, les Libyens, les Maltais, les Turques… Les Italiens, pour leur part, ont annoncé qu’aucun de leurs navires ne quitterait les ports cette année. Nous avions pourtant bien croisé à Trapani un thonier senneur, le Primo Ligny, sur lequel s’activaient une bonne dizaine de marins juste avant l’ouverture de la saison. Pourtant, nulle trace de la grande senne de 20 tonnes…
« Julien, viens voir! Je crois qu’on a un thonier senneur en approche… » annonce doucement Philippe depuis le pont. Aux jumelles, le navire ne laisse effectivement que peu de doute : la tour haute distinctive à l’avant du navire avec sa passerelle, un pont en arrière bas sur l’eau avec des grues, un filet imposant et des skiffs (petits bateaux rapides) prêts à être mis à l’eau. Il arrive vite. En quelques minutes, nous accrochons au radar deux autres qui le suivent. Ils ne pêchent pas mais tournent dans tous les sens à des vitesses changeantes. Ils sont en train de chercher les grands bancs avec frénésie et… impatience. Les quatre premiers jours de pêche autorisée ne leur ont servi à rien, puisqu’ils sont tous restés bloqués au port à cause du fort mistral. Maintenant, il doivent vouloir rattraper le temps perdu. Sur notre pont, on s’active. Sébastien et Denis gèrent les manœuvres de notre voilier. Philippe a équipé son Nikon de son téléobjectif 400 mm. J’observe avec Daria, l’étudiante en biologie marine du centre de tortue venue pour la journée avec nous, les déplacements des thoniers aux jumelles et sur le radar. Pendant près d’une heure, les thoniers nous offrent un véritable ballet, quadrillant la zone, comme pour ne rater aucun mètre carré. Philippe arrive à caler son téléobjectif à travers les hublots ou cacher par chacun d’entre nous pour ne pas se faire repérer. Pour l’instant, les pêcheurs ne voient passer qu’un voilier.
Bien que nous n’ayons pas réussi à identifier le troisième, resté trop loin de nous, les deux premiers thoniers s’avèrent être des Tunisiens. L’un d’entre eux s’appelle le Haj El Mokhtar. Je me sens mieux. Nous avons vu juste. La faille sous-marine entre le plateau tunisien et le chenal de Sicile semble être une zone prisée des pêcheurs de thons rouges. A cet endroit, les fonds passent de 400 mètres à une centaine de mètres. Un véritable couloir pour les grands pélagiques. Au bout d’une heure de recherche, les thoniers se regroupent, puis se dispersent vers l’est. Nous en déduisons qu’ils ont décidé d’explorer un autre endroit. Tant pis. Il est l’heure de rentrer de toute façon.
C’est en reprenant la direction de Lampedusa que l’un d’entre nous en aperçoit un quatrième. Mais celui-ci ne semble pas se déplacer comme les autres. En s’approchant de plus près, nous nous rendons compte sur les images de Philippe qu’il est au mouillage dans un peu moins de 100 mètres de profondeur ! C’est possible mais surprenant. Ce navire d’une bonne trentaine de mètres est là, à l’arrêt au milieu de la mer. Nous réussissons à nous approcher suffisamment pour voir son nom. Il s’agit d’un autre navire tunisien, le Ibn El Walid.
Il n’y a que peu de chance de se tromper sur son type de pêche. Plusieurs grues, un très grand filet sur son arrière, et un petit canot rapide amarré à sa poupe. Il s’agit sans aucun doute d’un thonier senneur. Seul problème, je n’arrive pas à le trouver dans nos différentes bases de données. Et surtout, aucune trace de celui-ci dans la liste de l’ICCAT, seule organisation qui attribue les permis de pêche au thon rouge et répertorie tous les navires impliqués dans cette pêche spécifique : pêcheurs, remorqueurs, ceux qui apatent pour les autres… tous sans exception. Le soir en rentrant, je ne peux m’empêcher d’appeler nos contacts. Tout le monde tombe d’accord. Il semblerait bel est bien que celui-ci soit dans la plus parfaite illégalité. Bilan de notre première journée en mer : pas de thons rouges pour l’instant, mais un sacré coup de filet quand même.
L’équipe d’Océan 71

















bravo les amis, pan dans le mille. Vous avez raison, le IBN EL WALID NE figure PAS sur la liste des navires ICCAT (version du 21 mai 2010). Par contre, le Haj El Mokhtar (synonyme = Hadj Mokhtar, immatriculation = SF 2000) est bien autorisé sur la liste ICCAT, avec un quota-2010 de 20 tonnes.
Quel est le nom du troisieme thonier tunisien ?
bonne suite, bon boulot !
Quel suspens!
Je pense bien à vous et envoie de doux baisers à ma Lolo.
Ca y est, vous êtes passés aux choses vraiment sérieuses. Soyez prudents !!! Nous n’aimerions pas vous retrouver comme certaines tortues avec un hameçon à la bouche trainés à l’arrière d’un thonier….
Vos récits sont palpitants. Je ne prends pas le temps de les commenter mais ils sont tous lus ! Marius a adoré les photos de la tortue ; il attend maintenant les thons rouges et les dauphins….
Ouah ! C’est palpipant, mais hem ! attention quand même
Coucou à tous !
Merci les amis pour votre effort, mais ce n’est pas évident que chaque bateau avec grue et filet sur son arrière veut dire un thonier senneur!!!!!
Un thonier senneur ne reste pas au mouillage durant toute la journée et n’embarque pas des milliers de caisses vide sur son deuxième pont comme la photo l’indique.
Ce bateau de pêche il s’agit d’un SARDINER TUNISIEN qui attent que la nuit tombe pour
commencer a pêcher.
Merci Sam pour ton commentaire. Effectivement, c’est possible. Mais d’après nos contacts, il est tout-à-fait possible aussi qu’il soit en stand-by, proche des trois autres senneurs pour appâter. Mais ta remarque est tout-à-fait pertinente. Nous allons nous renseigner.
slt les gars ..je suis un jeune tunisien..je veux vous dire que IBN EL WALID est un SARDINIER TUNISIEN pas un thonnier comme vous disez..je le connais trés bien se bateau..il es de région de MAHDIA ou MONASTIR a l’autre coté de la mer en tunisie en face de lampadusa..mais derniérement il fait ses mouvement chez nous a KELIBIA si vous connaissez,c’est ma ville qui est connu par la péche au feu..je suis tellment certain de mes informations..vous pouvez me contactez sur msn pour plus d’info..mais par contre j’aimrai bien savoir l’action de OCEAN 71..MERCI