L’équipe d’Océan 71 s’est agrandie. Depuis plusieurs mois, nous travaillons en Méditerranée pour rapporter des sujets toujours plus originaux. Au printemps dernier, lors d’un reportage sur l’île de Lampedusa pour comprendre l’immigration successive aux révoltes en Afrique du nord, nous avons rencontré Alexandre Georges. Ce dernier nous a rapidement exposé le projet fou qu’il avait en tête : partir de Tunisie et rejoindre Bruxelles en kayak de mer afin de transmettre un message fort aux législateurs européens. Pour Alexandre, l’Union européenne est incapable aujourd’hui d’accueillir et de traiter dignement les immigrés qui prennent la mer au péril de leur vie pour atteindre nos côtes. Armé de son courage et de son expérience sur le terrain, Alexandre propose une réforme complète du système d’accueil européen.
Lors de son voyage en mer, il sera aussi un témoin privilégié de l’activité qui s’y déroule. L’agence Océan 71 est donc particulièrement fière de compter dans ses rangs des hommes comme Alexandre qui prennent la mer pour rendre compte et tenter de faire évoluer notre société dans le bon sens.
Son départ est prévu ce samedi 10 septembre 2011 à 9h du port punique de Mahdia.
Toute l’équipe de l’agence lui souhaite un bon vent et un excellent voyage. Nous lui laissons maintenant la parole :
Je m’appelle Alexandre Georges et je suis franco-canadien.
En janvier 2010, j’ai fondé le mouvement citoyen « Kayak pour le droit à la vie« , plus connu en italien sous le nom de « Kayak per il diritto alla vita« . J’effectue des traversées en kayak de mer pour que l’opinion publique internationale prenne conscience des problèmes liés aux droits humains, environnementaux et/ou sociaux. En clair, tout ce qui touche aux humains tels que Mohamed, Abdoul, Pierre, Henry, José, Fernando, Boris et toutes les autres petites têtes multicolores que nous sommes.
Les origines du projet
Après avoir vécu 17 ans en Amérique du Nord (1992-2009), j’ai réalisé avec regret que le matérialisme et la consommation étaient deux valeurs cardinales de nos sociétés modernes. En parallèle, j’ai aussi beaucoup voyagé en Amérique du Sud où j’ai constaté une grande inégalité parmi les peuples. J’ai été rapidement excédé par ces différences absurdes et ce mode de vie dépourvu de sens. Ces expériences m’ont toutefois beaucoup sensibilisé à la détresse qu’éprouvent beaucoup trop de personnes sur notre planète. Une question s’est très vite imposée d’elle-même : que faire pour améliorer la vie de mes semblables ?
En 2005, je suis retourné en Europe après 11 ans d’absence. À plusieurs reprises j’ai pu voir à la télévision italienne les arrivées massives d’immigrés clandestins sur la petite île de Lampedusa. J’ai dès lors été bouleversé d’apprendre que l’Italie renvoyait illégalement des immigrés vers la Libye, un pays qui enfermait ces derniers dans des camps en plein désert, où le travail forcé, la torture, le viol et les meurtres étaient monnaie courante.
Face à une telle barbarie, je me suis demandé ce que pouvait faire un simple citoyen. Allons-nous faire comme les États-Unis qui laissent de nombreux mexicains mourir dans le désert d’Arizona à la frontière mexicaine ? Que peut donc faire un « Nobody » comme moi pour tenter de changer cette situation absurde? Aller « Somewhere » to do « Something » ! (Aller « quelque part » pour faire « quelque chose » !).
En fait, je voulais faire ce que la plupart des gens ne font pas ou ne peuvent pas faire, faute de temps, d’argent et/ou de motivation. J’ai donc décidé de parcourir l’Europe grâce à mes propres économies en commençant par m’acheter un fourgon en Allemagne dans lequel je pourrais être mobile et indépendant. Ne connaissant pas les techniques de kayak de mer, j’ai suivi une formation complète au Pays basque espagnol. D’Espagne, j’ai rejoint le sud de l’Italie où, en guise d’entraînement, j’ai commencé par faire le tour des îles Éoliennes au nord-est de la Sicile, en quatre jours, avec une quarantaine de kayakistes confirmés.
Le 11 novembre 2010, j’ai finalement mis le pied sur l’île de Lampedusa. Le 19 et 20 novembre, j’en faisais le tour complet. Bien entendu l’impact médiatique fut presque inexistant. Sur l’île, beaucoup me voyaient comme un excentrique qui avait de l’argent à dépenser. Mais cela n’avait aucune importance pour moi car l’objectif était de marquer le coup. Je voulais faire comprendre à ceux qui voulaient l’entendre que des gens en Europe n’acceptaient plus les injustices générées par les choix de nos gouvernements.
Le 9 février 2011, alors que je m’apprêtais à quitter Lampedusa, la première grande vague d’immigrés tunisiens s’est abattue sur l’île.
En quelques jours, les autorités de l’île ont été débordées, le centre pour immigrés s’est retrouvé plein à craquer. J’étais complètement stupéfait ! Ce même mois de février, il y a eu jusqu’à 5 000 Tunisiens sur l’île, tous arrivés de leur pays suite à la « Révolution du jasmin ». A la fin du mois de mars, la deuxième vague de migrants nous avait apporté un peu plus de 6 500 tunisiens alors que la population locale de l’île compte environs 5 500 âmes. Sur la petite île de Lampedusa, il y avait également environ 1 000 policiers, militaires et gardes-côtes italiens…
Durant cette période et malgré un important déploiement des forces de l’ordre, le gouvernement italien de Berlusconi a laissé les immigrés livrés à eux-mêmes, sans aucune assistance sanitaire. Ces derniers ont été obligés de construire des abris de fortune avec tout ce qu’ils pouvaient trouver pour se protéger du vent glacial qui balayait le port durant ces nuits d’hiver. Cette époque fut extrêmement difficile et pénible pour eux, ainsi que pour tous ceux qui résidaient à Lampedusa, moi y compris.
Parlant cinq langues, la presse internationale me demanda de travailler avec elle. En plus, je suis devenu observateur pour un groupe de défense des droits humains, EveryOne. Pour eux, j’ai rédigé des rapports qui étaient ensuite transmis aux parlementaires européens. Finalement et bien malgré moi, je suis devenu une sorte de travailleur social qui a aidé les réfugiés tunisiens à trouver sur l’île, nourriture, douche, logement, blanchisserie. Je recevais même les transferts d’argent pour eux.
Cette expérience unique sur le terrain m’a permis de mieux comprendre les problèmes liés à l’immigration illégale en Europe et d’ébaucher quelques projets de solutions que j’aurai l’occasion de développer au fil de mon voyage. Pendant mon séjour à Lampedusa, j’ai rédigé une pétition dans laquelle je demande la création d’une Organisation européenne de Gestion de l’Immigration et des Demandes d’Asile (OGIDA). Cette pétition fut signée par presque tous les politiciens de l’île, ainsi que par l’ensemble des associations présentes. www.jesigne.fr/soutienogida
Le projet
Aujourd’hui, « Kayak pour le droit à la vie » se lance dans un projet un peu fou mais porteur d’un message fort : partir de Tunisie et rejoindre en kayak de mer le cœur de l’Europe, Bruxelles, en passant par les îles de Lampedusa bien sûr, mais aussi Malte et la Sicile. A partir de cette dernière, je longerai la côte ouest italienne jusqu’à Marseille. Là, je remonterai la moitié sud de la France par le Rhône et rejoindrai Bruxelles en empruntant les fleuves, les rivières et les canaux. Au fil de mon voyage, je ferai signer la pétition que je présenterai aux gens et aux politiciens locaux. Je déposerai celle-ci à Bruxelles en proposant une réforme complète du système d’accueil de l’immigration et des demandes d’asile en Europe. Ceci afin d’éviter le gaspillage financier actuel, se chiffrant en milliards d’euros, mais aussi et surtout la perte de trop nombreuses vies humaines.
Le but de ce voyage maritime de plus de 3000 kilomètres n’est pas de demander à l’Europe de s’occuper de la misère du monde, mais de la pousser à gérer de façon plus digne et humaine la vie de ceux, portés par le désespoir, qui viennent frapper à notre porte.
Comment chacun peut-il participer ? Chaque semaine, vous pourrez d’abord suivre le récit de mes traversées sur le site Internet de l’agence de presse Océan 71. Au fil de ce voyage, j’accueillerai les embarcations de toutes sortes qui souhaiteront m’accompagner sur une ou plusieurs étapes. Il sera aussi possible de me rencontrer à terre, car des événements ponctuels dans les ports et villes-étapes où je m’arrêterai seront organisés.
Ce périple devrait durer 4 mois, du début du mois de septembre à la fin du mois de décembre 2011.
J’espère vous avoir à mes côtés pour cette longue et passionnante traversée. Tous ensemble, nous avons les moyens de changer les choses, de sauver des vies et ainsi de rendre plus humaine notre société.
Alexandre Georges














Tous mes encouragements et mon soutien, Alex, pour suivre attentivement ton parcours et t’apporter du renfort!!
coucou, je pense bien à toi, bon courage……bisous
Felicitaciones,
Sigue adelante. Que Dios te bendiga.
Un abrazo,
Je te souhaite d’accomplir ce pèlerinage noble et sain en toute sérénité.
Au nom de l’humanité tout entière, je te remercie d’être un bon messager !
Bon courage !
Mary de saintes
Un kayak pour sauver des vies ; idée géniale mais qui exige beaucoup d’effort et des soutiens pour parvenir à réaliser de nobles objectifs entre autre sauver des vies tunisiennes ; mais dans cette sinistre immigration il y a de toutes les couleurs .Partir de Mahdia jusqu’à Bruxelles au risque de sa vie c’est en soit un exploit mais l’immigration clandestine est beaucoup plus complexe car elle puise dans la mémoire de l’histoire du vieux continent qui a vu partir des peuplades du Sud vers le Nord et de l’EST vers l’OUEST en bravant les mers et les océans . La mission de ton kayak renouvelle les chemins et les tendances ; pour cette raison je vous invite en fin de course ou en milieu de course à venir avec nous participer à la rando du Lotos de 160km en kayak de mer pour sauver également d’autres vies et les espèces méditerranéennes : De thon , de tortues , d’éponge , de mérou , et bien d’autres espèces . Ce sera du 30 Avril au 06 Mai 2012 à Djerba. Bien cordialement Messaoud Yamoun