L’hypoténuse d’une tempête

Si la mer est réputée en général capricieuse, le Méditerranée l’est encore plus, telle une femme au fort caractère, jalouse et souvent imprévisible. Nous en avons été les témoins.

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Après nos déboires mécaniques de Roccella Ionica qui nous ont bloqués à terre pendant une petite dizaine de jours, nous avons finalement pu quitter notre place et avancer un peu. Le mot est faible. Une traversée de près de 12 heures nous a permis de rejoindre le port de Crotone. Connue entre autre pour avoir été la ville du célèbre mathématicien Pythagore, Crotone est aujourd’hui une station balnéaire sans grand charme particulier. C’est un peu le problème du tourisme de masse « à la plage ». Les vacanciers n’ont pas tellement d’autres besoins que de longues plages de sable, d’appartements avec vue sur la mer, de restaurants (avec la même vue, ou presque), quelques supermarchés… et c’est à peu près tout. Le schéma traditionnel de la station balnéaire reste à peu de chose près le même partout. Pour satisfaire toujours plus de gens en mal de mer, les côtes se bétonnent, des cohortes de restaurants ouvrent sur le front de mer, et les villes perdent malheureusement de leur charme au fil du temps. Il ne reste pas grand chose de la splendide Crotone antique.

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Pourtant, pendant trois jours, le port de Crotone nous a été salvateur. Tout a commencé le lendemain matin de l’inauguration en grande pompe du ponton sur lequel nous venions de nous amarrer. La fête terminée, les tables ont été rangées, les bouteilles vides jetées et le quai a repris son apparence « normale » avec ses navires de passages, ses propriétaires qui bichonnent leurs petites embarcations et les petits vieux du port qui se retrouvent pour se raconter leurs faits d’armes passés.

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De l’autre côté de la digue, la mer commençait à onduler de façon anormale pour le vent qu’il y avait. Malgré une quasi absence de vent, une longue houle océanique roulait de plus en plus le long des rochers de la digue et venait s’écraser lourdement sur les plages de la côte. Dans l’après-midi, le vent du Nord est arrivé. D’abord doucement, puis de plus en plus appuyé. Nous attendions un bon coup de vent, c’est certain. Mais loin d’être aussi violent que cela ne l’a été.

8 300x199 Lhypoténuse dune tempêteDurant la nuit suivante, nous avons commencé à très sérieusement nous poser des questions sur la situation de plus en plus instable dans laquelle nous étions. Le vent d’habitude moins violent la nuit, prenait de plus en plus de puissance. Le compteur digitale de l’anémomètre allait afficher un maximum de 42 noeuds de vent dans le port ! Installés sur notre ponton à côté d’un couple de Norvégiens de plus en plus inquiets pour leur voilier, nous avions presque l’impression d’être en pleine mer. À intervalles réguliers et sous les coups de butoir du vent qui s’était transformé en monstre à la puissance incontrôlable, notre voilier gîtait littéralement.

3 300x199 Lhypoténuse dune tempêteDes paquets de mer venait s’écraser contre l’avant de notre coque, le vent fouettant l’écume sur notre pont. Les assauts ont duré un peu plus de 48 heures. Sans voile et amarrés le mieux possible à notre ponton flambant neuf, nous avions la fatigue des marins qui ont navigué sans s’arrêter des jours et des nuits entières.

Avant que le monstre ne se réveille, Pasquale, notre pontonnier (le responsable de l’amarrage des navires du port) nous avait promis qu’il n’y aurait aucun problème… Mais au fur et à mesure que les heures passaient et que le vent égrenait de plus en plus fort ses interminables hurlements, l’homme se sentait de moins en moins sûr de lui. Dans ces moments-là, deux questions simples se posent : Jusqu’à quelle puissance inimaginable le vent va-t-il monter ? Et surtout, pendant combien de temps ?

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En gravissant quelques marches dans le mur de béton qui nous séparait de l’extérieur du port, nous avons découvert un spectacle que je pourrais décrire comme à la fois dantesque et d’une beauté inouïe. La mer avait pris sa robe verte claire et blanche. De longues vagues creuses glissaient comme sur du velours les unes après les autres, puis, semblant à bout de force, se mettaient à prendre de la hauteur avant de s’écraser lourdement et avec une force décuplée sur les rochers. La mer nous révélait toute sa puissance. Il ne fallait pas la déranger. Nous n’avons fait que l’observer.

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Au terme de trois jours à ne dormir que d’un oeil, les éléments se sont calmés peu à peu, comme si chaque chose reprenait sa place « normale ». Nous allions pouvoir envisager de traverser en direction des Pouilles. À un peu moins de 140 kilomètres là, au loin, se trouvait à nouveau la terre. Nous avons quitté notre place de Crotone en espérant que le talon de l’Italie nous serait plus favorable que sa semelle.

Julien Pfyffer / Océan 71

 

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One Response to “L’hypoténuse d’une tempête”

  1. jannick 02. juil, 2011 at 17:01 #

    Grâce à votre GPS, je parviens à suivre votre position et je vois que vous avez traversé l’Adriatique et approchez de l’ile de Corfou et suis impatiente de savoir où vous allez dormir ce soir.
    J’espère que le moteur et la météo vous sont favorables.
    Biz à tous.

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