Nous sommes toujours à Malte. Le mistral continue de souffler. Les thoniers senneurs français dont nous vous avons parlé dans nos articles précédents sont toujours à quai, presque sous nos yeux. Et pourtant. Il semblerait que selon certains journalistes, ils soient déjà tous en mer à attendre les thons rouges, le couteau entre les dents…
Bloqués au port, nous suivons attentivement ce qui s’écrit sur Internet à propos de ce poisson qui fait polémique. Je suis tombé par hasard sur un intéressant article de la très sérieuse AFP, notre agence de presse nationale, fournisseur d’informations aux médias du monde entier. L’article a été mis en ligne il y a cinq heures.
L’histoire démarre en fanfare, par un très sérieux « A BORD DU RAINBOW WARRIOR – A 50 km au sud des côtes maltaises, une noria de bateaux de pêche guette l’arrivée de bancs de thon rouge, sous l’oeil des militants de Greenpeace eux aussi à l’affût… » Je ne sais pas si c’est moi qui ne comprends pas le journaliste (Davide Berretta), mais je peux l’affirmer, le Rainbow Warrior est au mouillage, à l’arrêt, dans une baie au nord-est de Malte (donc très loin des 50 km au sud), et ce, depuis au moins quatre jours… sans parler de la « noria de bateaux de pêche » qu’évoque cet article, qui n’ont pas bougé du port de La Valette depuis jeudi dernier… Mais passons.
Un peu plus loin dans l’article, on peut lire « qu’équipés de jumelles et de détecteurs satellitaires, la vingtaine de militants de l’ONG qui réclame un moratoire international sont impatients d’en découdre. Mais pour le moment, les eaux sont trop froides et le thon est aux abonnés absents. « Je ne suis pas sûr que des jumelles sur un bateau à l’arrêt au mouillage loin des thoniers soient très utiles mais à nouveau…passons. C’est plutôt le passage au sujet de la température de l’eau qui est révélateur. Selon la carte des températures, que j’ai joint à cette petite réflexion, vous pouvez observer que les eaux maltaises et leurs alentours varient entre 18 et 21° C. Soit exactement ce dont le thon rouge a besoin pour développer ses organes génitaux et entamer sa traversée en Méditerranée…
Ces poissons pellagiques ne sont pas aux abonnés absents cette année, cher collègue. Lors de notre descente de plusieurs jours aux limites des eaux libyennes, la semaine dernière, nous avons croisé au moins deux grands bancs de thons rouges. Le problème vient plutôt de la météo. Vent et mer sont trop violents pour que les thoniers senneurs puissent déployer leurs sennes et pêcher. Ne vous méprenez pas chers amis écologistes, je ne suis pas en train d’approuver la pêche au thon rouge sous cette forme (industrielle à grande échelle) mais mon objectif est de renseigner les lecteurs avec des informations justes, d’essayer par tous les moyens de leur fournir toutes les cartes.
Je passe rapidement sur le fait qu’en continuant de lire l’article, on découvre que les journalistes (dont celui de l’AFP) ont été acheminés par hélicoptère sur le Rainbow Warrior… Un peu d’action, ça ne fait jamais de mal… mais s’ils avaient rallié ce magnifique bâtiment par la mer, ils auraient très clairement réalisé (sans doute en vomissant pour certains) que la mer n’est actuellement praticable par aucun d’entre nous, thoniers compris.
Du thon rouge, il y en a, comme il est confirmé dans l’article par un certain Massimo Spagnolo « qui dirige un institut italien proche de l’industrie de la pêche… » J’ai aussi joint en image un document très intéressant que nous avons pu obtenir grâce à l’un de nos contacts dans le milieu. Ce document provenant du Ministère espagnol des Pêches, a le mérite de recenser ce qui a été pêché jusqu’au 23 mai 2010, en Espagne. Je recommande la ligne qui correspond aux Matanza (Almadabras en espagnol) par opposition aux captures des thoniers senneurs (Flotta de cerco Mediterraneo). L’Almadabras est une forme de pêche traditionnelle qui se pratique le long des côtes. Les pêcheurs placent un labyrinthe de filets dans le fond de l’eau où se perdent les thons rouges avant d’être capturés à mains nues. 542 111 kilos contre zéro, ce n’est pas rien quand même…
Pour finir, cet article est illustré par une très belle photo montrant, non pas un filet de pêche comme il est écrit dans la légende… mais une magnifique cage à thons rouges vide, tractée par un remorqueur qui est en dehors du cadre de la photo.
Vous allez sans doute vous demander pourquoi ai-je décidé de rédiger cette petite analyse personnelle qui n’engage bien sûr que moi et non l’agence Océan 71. Elle est en effet très critique envers notre profession que je respecte énormément. Il ne s’agit pas de dénigrer le travail des ONG, ni de prendre partie pour ou contre les pêcheurs et fermiers légaux (qui sont en ce moment même archi-surveillés) ou illégaux qui me semblent être, eux, bien plus dangereux pour le thon rouge… mais notre travail est d’informer. Alors, informons. N’exagérons pas. Ne sous-estimons pas. Ne brodons pas. Si nous voulons que les gens croient en ce que nous disons, racontons-leur ce qui nous semble être le plus proche de la vérité. Je sais par expérience que nous vivons une époque qui consomme l’information à 300 à l’heure… Mais la mer est un autre monde. Il est parfois nécessaire de prendre le temps de la comprendre. Considérons-la en tant que telle. C’est du moins ce que nous essayons humblement de faire avec Océan 71.
Julien Pfyffer.
P.S. Je rassure mes collègues journalistes, nous sommes très loin de détenir la vérité absolue. Il est certain que nous ferons des erreurs, un jour ou l’autre.

















Salut Julien,
quelques encouragements pour que tu poursuives dans la même direction. T’as tout bon. Et penses a la photo !!!!
Le raimbow a quai, ça devrait plaire à l’AFP.
Php.
bien vu, ami Julien – je testifie ici que ton analyse est correcte et pertinente. C est vrai que le Rainbow Warrior est au mouillage depuis au moins quatre jours, la, sous mes yeux chaque jour que j y passe …. C est vrai aussi qu il y a eu beaucoup de captures de thons rouges dans les Almadrabas. D ailleurs, cher Julien, les statistiques du Ministere espagnol des peches viennent de tomber pour le 31 mai: 718 tonnes pour les pieges fixes, et 272 tonnes pour les thoniers-senneurs (enfin!).
Ce midi encore, les 7 thoniers senneurs francais etaient sagement a LaValetta et a Marsaxlokk, avec leur ami AIGION (le thonier-senneur turc).
bonjour bonjour, merçi Julien pour cette réflexion personnelle. Je vous félicite pour votre engagement à nous expliquer le plus justement possible ce qui se passe à travers le monde. C’est vraiment de ça dont on a besoin, pas d’être pris en permanence pour des idiots. Ce beau métier de journaliste ne devrait pas être soumis au contrôle des tout puissants. J’ai confiance en vous, en vos projets et votre volonté de laisser à chacun son « libre arbitre ». Pour cela il faut des gens comme vous, qui nous explique, qui nous montre, qui se mettent à notre niveau. Je vous dis bravo. Je vous embrasse et t’es gentil Julien, tu me rends Philippe maintenant!
plein de gros bisous à toute l’équipe. J’ai suivi attentivement vos aventures et j’adore ça !
julia
Merci mille fois à tous… amis, familles, contacts pour vos encouragements. Toute l’équipe est très, très touchée. Nous venons d’arriver à Paris. Je savais que ma petite analyse était un peu piquante, mais je ne pensais pas qu’elle puisse refléter autant le ressentiment de beaucoup d’entre vous. Merci encore. Et surtout, nous allons continuer sur cette voie. C’est promis.
en lisant ton article, j’ai compris pourquoi Philippe râlait contre l’afp. j’espère comme dit françois que vous avez de bonnes photos (en tous cas vous avez un bon photographe !!!!)
j’espère que l’on se parle bientôt pour malte, quand vous en aurez fini avec vos articles.
Je ne peux pas dire comme julia « sois gentil, rends moi Philippe »… je lui laisse la priorité !!!
merci encore pour toutes les infos, les images et le rêve…
bon courage
nelly
Bonjour à l’équipe d’Ocean71,
– à travers vos articles et photos !
Concernant cette réflexion personnelle, Julien, je serais effectivement curieux de connaître la position de l’AFP…
En tout cas, keep the good work, continuez de faire vivre cette belle passion – celle du monde aquatique
Richard